La rafale de janvier

sur les mots sanguinolents
nous esquissons un baiserà la démesure de la douleur du temps

(Extrait)

Qui sont ces centaines de milliers de morts ? 

Qui sont ces morts ? Ce sont des Haïtiennes et des Haïtiens de toutes conditions sociales. Des personnalités du mouvement des femmes, des organisations citoyennes, des partis politiques, du monde de l’éducation, des secteurs socioprofessionnels, des entreprises privées, des institutions étatiques. Parmi elles, des figures marquantes de notre société qui vont douloureusement nous faire défaut, dans un pays en continuelle hémorragie de ses ressources humaines. 

Qui sont ces morts ? Une multitude de gens ordinaires qui façonnaient notre paysage quotidien ; des faiseuses et faiseurs de miracles pour la survie quotidienne dans les rangs des oubliés ; des femmes et des hommes rivés au service d’autrui dans les demeures ; des enfants des rues ; des personnes diversement marginalisées ; des personnes issues des différentes strates de la classe moyenne et des catégories plus aisées. 

Nous avons coutume d’invoquer l’esprit de nos morts pour qu’ils nous donnent le courage de poursuivre la route, nous ouvrent le passage.

Nos morts du 12 janvier ont trop souffert pour que nous osions les solliciter. C’est donc à nous, survivantes et survivants, qu’il revient d’apaiser la terre meurtrie d’Haïti pour pouvoir y creuser les nouvelles fondations ; une société qui accepte de se repenser, de prendre la mesure de l’impact de ses lesegrennen, de ses laisser-faire, de ses pratiques dévastatrices ; une société qui accepte enfin de compter, pour sa renaissance, avec les aspirations de changement et l’ingéniosité des femmes et des hommes qui la composent.

Danièle Magloire

Photo: Hommage aux trois grandes dirigeantes féministes disparues, Myriam MerletMagalie Marcelin et Anne-Marie Coriolan, le 12 janvier 2014.