Après la lettre ouverte de Kay Fanm (plus d’info en cliquant ici) et celle de la CONAP, le mouvement d’opposition à la fermeture annoncée du Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes en Haïti prend de l’ampleur de jour en jour. Dernier en lice, l’organisme MOUFHED donne son appuie à cette levée de boucliers dans leur dernier communiqué de presse (disponible seulement en créole).

KONAP di Wi pou yon Ministè Kondisyon Fanm ak Dwa Fanm
K ap defini politik piblik ak règleman pou chanje kondisyon fanm ayisyèn !

Depi lendepandans fanm ayisyèn ap goumen. Soti lane 1930 rive jounen jodi a, yo pa sispann goumen pou fè rekonèt epi respekte dwa yo kòm moun, kòm sitwayèn. Yo bay lebra ak lòt mouvman sosyal yo, paske defann kòz fanm, sa vle di batay pou transfòme sosyete a, pou kaba inegalite.

An 1986, lè pèp ayisyen rive soti anba rejim bout di Divalye a, fanm yo te leve kanpe toupatou nan peyi a pou fè konnen demokrasi pa p kapab  fèt san patisipasyon yo. Se konsa 3 avril 1986, plis pase 30 mil fanm te fè tande soukous yo nan Pòtoprens, e plizyè santèn te pouse rèl yo nan pwovens yo.  Depi lè a, fanm pa sispann mache kontre ak fanm parèy yo, pou konstwi òganizasyon, pou mete fòs  yo  ansanm, pou fè tande vwa  yo  sou kouman bak peyi a dirije.

Nan lit n ap mennen depi digtantan, nou ranmase anpil gany. Rezilta batay nou pèmèt anpil baryè kraze, nan edikasyon, fòmasyon, travay, patisipasyon epi nan fè konprann dwa fanm se dwa moun. Pwogrè sa yo bon pou tout sosyete  a  nèt. Mobilizasyon ak pledwaye fè  nou  vin genyen yon Ministè Kondisyon Fanm, ki  se yon zouti anndan pouvwa Ekzekitif la. Se pa t yon kado. Ministè a la pou panche sou inegalite ant fanm ak gason nan sosyete a. Li la pou veye pou enterè fanm yo pran an konsiderasyon nan tout kote dezisyon ap pran pou peyi a.

Un acquis politique pourcombattre les discriminations et les violences de genre

[vèsyon kreole pi ba]

Depuis la création, le 8 novembre 1994, du Ministère à la Condition féminine et aux droits des femmes (Mcfdf),il faut, à chaque changement de pouvoir, que le mouvement des femmes haïtiennes se mobilise pour dire Non aux velléités de nier cet acquis politique.

L’équipe du Président Michel Martelly ne se donne même pas la peine d’expliquer ce qui pourrait justifier la décision de fermer le Ministère à la Condition féminine. Au-delà des précautions de langage, c’est bien de disparition sur l’échiquier politique national qu’il s’agit, lorsque le Premier ministre désigné, M. Daniel-Gérard Rouzier, déclare que la Condition féminine sera intégrée au Ministère des Affaires sociales et du travail (MAST), sans moindrement préciser la nature de la structure en question.

Pourquoi cette volonté de priver le pays d’un instrument politique qui a permis de faire des avancées notables en termes d’égalité des droits pour 52 % de la population ?

Différentes arguties ont été avancées auparavant pour prétendre fermer le Ministère à la Condition féminine. Il y a notamment lieu de retenir : la disponibilité budgétaire, l’inefficacité et l’inutilité.

Disponibilité budgétaire : Pour 2010-2011, le budget du ministère à la Condition féminine a été d’environ 37 millions de Gourdes. Ces montants ne sauraient en aucun cas sortir le pays du marasme économique.

Inefficacité : Le ministère à la Condition féminine accuse certes des insuffisances, tout comme toutes les autres institutions de l’appareil d’État : Présidence, Primature, Parlement, Judicaire, ministères, mairies, collectivités territoriales et institutions indépendantes telles que le Conseil électoral, etc.

  • L’illettrisme et l’éducation au rabais sont des phénomènes patents. L’analphabétisme frappe davantage les femmes et les filles. La formation professionnelle est presque inexistante dans le secteur public.
  • La grande majorité des populations n’a toujours pas accès, de manière continue et satisfaisante, aux soins de santé. La plupart des femmes accouchent sans assistance médicale. La mortalité maternelle est l’une des plus élevée au monde ; Les familles monoparentales féminines sont légion dans le pays.
  • L’insécurité alimentaire est une donnée avec laquelle doit compter les populations, en particulier les groupes marginalisés ruraux et suburbains où prédominent les femmes. Le droit à l’alimentation n’est pas respecté. La paysannerie ne bénéficie pas d’un encadrement apte à lui permettre de se relever dignement et efficacement.
  • Les dysfonctionnements de la justice sont notoires. L’insécurité est un phénomène récurent, peu contrôlé.

Les ministères de l’éducation, de la santé, de l’agriculture et de la justice, pour ne citer que ceux là, existent depuis fort longtemps, avec leurs faibles performances et l’absence d’esprit de service public Pourtant, il ne vient pas à l’idée d’un quelconque pouvoir de les fermer. Par contre, l’on menace de disparition l’une des institutions les plus récentes, le Ministère à la Condition féminine, qui pourtant a 17 ans d’existence.

Inutilité : L’existence du ministère à la Condition féminine se justifie par la nécessité de prendre en compte, au plus haut sommet de l’État, les rapports sociaux de sexe et leurs incidences dans tous les domaines. La mission du ministère est de promouvoir et défendre les droits fondamentaux des femmes/filles et, ce faisant, de contribuer à instaurer une meilleure cohésion sociale. Cela à travers la définition et l’application de politiques et programmes publics visant l’égalité des sexes, la lutte contre les violences de genre et la féminisation de la pauvreté, et en s’assurant du caractère transversal de ces orientations dans l’action gouvernementale. Cela répond aux prescrits de la Constitution de 1987 et aux engagements pris par Haïti en signant les conventions internationales relatives aux droits de la personne et aux droits spécifiques des femmes et des filles, en tant que personnes et citoyennes.

S’il s’agit réellement, comme se plait à le déclarer le Président Martelly, de redresser l’État et d’oeuvrer à l’édification d’une société fondée sur le droit et le respect des droits de la personne, il importe que le Ministère à la Condition féminine joue pleinement son rôle et soit plutôt résolument renforcé dans ses capacités pour la pleine réalisation de sa mission.

Les militantes des droits des femmes que sont les féministes rêvent du jour où le Ministère à la Condition féminine ne sera plus nécessaire, car les droits fondamentaux des femmes et des filles seront pleinement reconnus, respectés et l’égalité des chances sera une réalité tangible. Les féministes rêvent aussi du jour où la Secrétairerie d’État à l’alphabétisation n’aura plus de raison d’être, parce que les enfants des deux sexes non scolarisés, qui deviennent des adultes analphabètes, auront eu dès la petite enfance l’opportunité de recevoir une instruction de qualité qui leur permettra d’être des citoyens et citoyennes qui participent activement au devenir de leur pays.

Port-au-Prince, le 31 mai 2011

Pour Kay Fanm,

Danièle Magloire

 

Les organisations suivantes appuient la déclaration de Kay Fanm en faveur du maintien du Ministère à la condition féminine et aux droits. Ces organisations demandent au nouveau gouvernement et au Parlement de doter le ministère des ressources nécessaires à l’accomplissement de sa mission en matière d’égalité.

1. Concertation nationale contre les violences faites aux femmes ; Réseau national d’organisations

2. Centre de promotion des femmes ouvrière (CPFO) ; Région métropolitaine de Port-au-Prince, département Ouest

3. Fanm Yo La /Les femmes sont là (Collectif féminin haïtien pour la participation politique des femmes)

Région métropolitaine de Port-au-Prince, départements Sud, Sud-est, Nord

4. Mouvement des femmes haïtiennes pour l’éducation et le développement (MOUFHED)

Région métropolitaine de Port-au-Prince, départements Artibonite, Ouest, Nord, Nord-est, Sud-est

5. Asosyasyon fanm solèy d Ayiti /Association des femmes soleil d’Haïti (AFASDA)

Départements Nord, Nord-est, Nord-ouest

6. Fanm lakay /Femmes du terroir ; département Nord

7. Kódinasyon fanm Nódès /Coordination des femmes du Nord-est ; département Nord-est

8. Mouvman fanm Nip /Mouvement des femmes de Nippes (MOFAD – Nippes) ; département Nippes

9. Mouvman fanm Ansavo /Mouvement des femmes d’Anse à veau (MOFA) ; département Nippes

10. Komite fanm Gabou /Comité des femmes de Gabou ; Commune de Petite Rivière, département Nippes

11. Groupman fanm Duverger /Groupement des femmes de Duverger ; Commune de Miragoâne, département Nippes

12. Rasanbleman fanm Nip /Rassemblement des femmes de Nippes (RAFANIP) ; département Nippes

13. Konbit fanm peyizàn Abraham /Rassemblement des paysannes de Nippes (KOFA) ; département Nippes

4ème section communale de Miragoâne, département Nippes

14. Alternative action verte ; Réseau d’organisations du département des Nippes
15. Groupement pour la relance de l’économie des femmes en association par coopérative (GREFACOOP)

Commune de Delmas, région métropolitaine de Port-au-Prince, département Ouest

16. Coalition des femmes de la 3ème circonscription de Port-au-Prince (KOFATRA) ; Martissant, département Ouest

17. Réseau des femmes progressistes pour le développement d’Haïti (RFPDH) ; département Ouest

18. L’espoir des femmes haïtiennes de Petit-Goâve (EFHPG) ; département Ouest

19. Association des femmes actives de Saint Louis du Sud (AFAS) ; département Sud

20. Femmes actives de la Savanne (FAS) ; département Sud

21. Association des femmes progressistes de Flamand (AFPF) ; département Sud

22. Association des femmes pour le développement des Anglais (AFDA) ; département Sud.

Un pèlerinage sur des lieux symboliques aura lieu en mémoire des personnes disparues lors du séisme du 12 janvier 2010, en particulier les féministes. Des gerbes de fleurs et des bougies seront déposées dans les différents sites.

Le parcours du pèlerinage suivra le cercle suivant :

– Rassemblement, à 10h00, devant les locaux de la CONAP/Coordination nationale de plaidoyer pour les droits des femmes (9, rue Pacot) ;
– Kay Fanm (11 rue Armand Holly, Tugeau), en mémoire de Magalie Marcelin ;
– EnfoFanm (local détruit, 14 rue de la Ligue féminine, ci-devant 1ère rue du Travail) ; en mémoire de Myriam Merlet, Mirielle Neptune Anglade, Gina Porcéna ;
– Sofa/Solidarite Fanm Ayisyèn (9, rue Villemenay, en face de radio Kiskeya) ; en mémoire d’Anne-Marie Coriolan, Bernadine Bourdeau et Myrlande Dorvilus ;
– Ministère à la Condition féminine (rue Magny, Port-au-Prince) ; en mémoire de Myrna Narcisse-Théodore (directrice générale) ;
– Ecole des infirmières et sages femmes (rue Mgr Guilloux, près de l’hôpital général) ; en mémoire des étudiantes et de leurs professeurs-es.

Pour Kay Fanm
Yolette Jeanty et Danièle Magloire