Notese Pierre Louis devant sa maison.

« Les pertes sont inestimables, j’ai tout perdu », lance Notese Pierre Louis, 64 ans, commerçante visiblement accablée plus deux mois après l’incendie qui a ravagé le Marché en Fer, dans la nuit du 12 au 13 février 2018.

David François (texte et photos) pour Kay Fanm

Autour d’elle, des amis et collègues éplorés, des vestiges et un décor funeste rappelant les souvenirs d’une catastrophe qui a fait basculer sa vie et plongé dans l’incertitude celle de plusieurs dizaines de marchandes de Port-au-Prince en raison de l’absence de système d’assurance.

Notese Pierre Louis au travail, accoté sur un étal.
Notese Pierre Louis au travail, accoté sur un étal. (Photo : David François / Kay Fanm)

Depuis 1973, Mme Pierre-Louis s’adonne au commerce au marché historique de Port-au-Prince, connu aussi sous le nom de Marché Hyppolite. La native de Jérémie, dans le département de la Grand’Anse, fait partie de plusieurs dizaines de commerçants et commerçantes qui ont tout perdu sous les flammes… De fortes sommes d’argent, des documents dont son contrat avec la Digicel et la mairie, etc.

La reconstruction du marché n’est pas encore évoquée, mais les marchands impatients de renouer avec leurs principales activités économiques, s’installent à qui-mieux-mieux sur les ruines. Difficile pour eux de trouver de quoi reconstruire des étals dans un espace où l’on respire encore une odeur âcre de cendres.

Notese Pierre Louis (photo: David François / Kay Fanm)Notese Pierre Louis sur sa galerie. (Photo: David François / Kay Fanm)Notese Pierre Louis (photo: David François / Kay Fanm)Notese Pierre Louis (photo: David François / Kay Fanm)

En attendant une éventuelle aide des autorités étatiques et d’autres institutions de la société civile, Mme Pierre-Louis s’est dégotée une petite place sur le parking. Sur une table construite avec deux morceaux de bois, placée sous deux bouts de tissus servant de pare-soleil, elle entrepose deux boites de macaroni Lasagna, quelques bouteilles de sauces de tomate, des sachets de cubes de cuisson, un morceau de jambon, etc.

« M’ap degaje m kanmenm », dit-elle. Le ton est désespéré car en fait, elle ne dispose même pas d’un quart de la quantité de marchandises qu’elle avait avant le sinistre quand elle vendait de presque tout : sirop miel, ustensiles de cuisine comme pilons, cuvettes pastiques, casseroles, boissons, lait, etc.

Notese Pierre Louis (photo : David François / Kay Fanm)

Sur son visage se disputent le mal être, le désespoir et le chagrin. Cette femme qui s’occupe de toute une famille, rêve à tout prix de retrouver sa situation d’autrefois, quand elle gérait des marchandises qui valaient plus de 150 mille gourdes. Mais aussi, pour oublier ce tragique évènement qui la hante encore.

Hypertendue, diabétique, victime de cholestérol, du glaucome, de la cataracte et des douleurs rhumatiques …. Elle se présente de très tôt, soit vers 7heures du matin au marché, tel un soldat fidèle au poste.

« Certaine fois, j’y vais quand j’en ai la force »

« Je n’ai jamais emprunté de l’argent à la banque. J’achète à crédit auprès de personnes qui peuvent me supporter », fait-elle savoir celle qui n’a même pas un compte en banque et qui laissait l’argent récolté quotidiennement au marché. « Depi m vann, mwen achte kòmès. Menmsi timoun yo t ap plede di m pou m fè kanè bank », ajoute-t-elle.

Notese Pierre LouisNotese Pierre Louis (photo: David François / Kay Fanm)Notese Pierre Louis au marché. (Photo : David François / Kay Fanm)

Mère de 4 enfants et grand-mère de 5 autres, Mme Pierre-Louis habite à Nerette sur les hauteurs de Pétion-ville, non loin de la capitale. Bien qu’elle est fait partie des marchandes qui ont reçu l’assistance de Kay Fanm, une des premières organisations haïtiennes de promotion et de défense des droits des femmes qui luttent dans ce secteur depuis 1984. Elle attend la reconstruction du marché, mais aussi et surtout de l’aide et la réponse des autres institutions dans lesquelles elle a déposé des dossiers afin de pouvoir payer ses dettes, acheter des marchandises et retrouver sa vie d’antan.

Construit à la fin du 19e siècle, le Marché en Fer de Port-au-Prince avait été une première fois ravagé par les flammes en 2008. Détruit par le séisme dévastateur en janvier 2010, sa reconstruction á hauteur de 18 millions de dollars américains, avait été financée par la compagnie de télécommunications Digicel, sous la supervision de l’organisme haïtien de protection des bâtiments historiques qui est l’Institut de sauvegarde du patrimoine national (ISPAN).