Dans un article intitulé « Confessions de Rutshelle : Roody m’a tout pris », paru dans Le Nouvelliste du 10 août 2017, Winnie Gabriel Duvil, auteure de l’article, et la chanteuse Rutshelle Guillaume, prennent à partie les organisations de femmes à qui il est reproché de n’avoir pas soutenue la chanteuse lorsqu’elle a été violentée par son conjoint en octobre 2015.

« Mais où sont donc passées les associations de femmes ? Les porte-drapeaux de la violence contre la femme ? « Aucune d’entre elles ne m’a contactée. Aucune ». Surprise et consternation. Pourtant, sans rancune, elle ne tire pas à boulets rouge sur elles. « Moi, j’ai de la peine pour elles. Je les plains. Yo nan ipokrizi ak tèt yo », dit-elle tout simplement. »

La « surprise » et la « consternation » de l’une, « la peine » de l’autre par rapport à une prétendue « hypocrisie » des organisations de femmes, laissent supposer (et ce serait tant mieux pour les victimes qui sont légion), que ces femmes-là ne manquent jamais de se solidariser dès qu’un cas de violence est rapporté. Auparavant, dans les colonnes du même journal (9 octobre 2015), Robenson Alphonse interpellait les personnes « responsables » et plaçait curieusement au même plan la justice, la police et les organisations de femmes. Par rapport au fait que des hommes violentent quotidiennement leurs conjointes, il aurait fallu préciser de quoi les organisations de femmes sont-elles exactement responsables.

L’organisation RAFANIP a invité des représentants de Kay Fanm à Petite-Rivière-de-Nippes lors des célébrations de la Journée nationale du mouvement des femmes haïtiennes le 2 avril dernier.

Avec les campagnes continuelles d’information et de sensibilisation sur la problématique de la violence envers les femmes et les filles, les organisations de femmes œuvrent pour que les victimes ne se résignent pas à vivre leur douleur en silence et dans la solitude, mais recourent aux services offerts (soins médicaux et psychologiques, accompagnement psychosocial, hébergement, assistance juridique) et acceptent de porter plainte contre leur agresseur.

Il n’y a pas si longtemps, la violence envers les femmes était encore un sujet tabou.

Les luttes acharnées des féministes ont permis d’éveiller les consciences et de porter la question sur l’échiquier national, afin de prévenir ces violences, les combattre, les sanctionner et accompagner les victimes qui le souhaitent. Le fait que les médias se penchent sur la violence envers les femmes est, sans aucun doute, une résultante de ces actions.

Nous prenons acte du fait que, près de deux ans après avoir subie les agressions, Mme Guillaume a le courage d’en parler. Après 25 ans d’expériences dans l’accompagnement des victimes, nous savons ce qu’il en coûte de faire état des violences subies, surtout lorsque l’agresseur est un intime, et nous savons aussi les traumatismes que causent les violences. Chaque fois qu’une femme violentée parvient à cheminer pour reprendre le contrôle de sa vie, l’effort de dépassement de soi mérite d’être salué.

Des gens autours d'une table remplie de papiers durant une distribution de fonds de roulement pour le petit commerce organisée par Kay Fanm
Une distribution de fonds de roulement pour le petit commerce organisée par Kay Fanm

Les attaques ne changent rien au fait que les féministes défendent avec constance le respect des droits fondamentaux des femmes dans tous les domaines (pas uniquement la violence, même si celle-ci est une véritable plaie sociale). Il n’y a pas de place dans cette lutte pour une quelconque hypocrisie car, nous n’avons pas d’obligation de mener ce combat. Nous agissons par choix, au nom de notre conscience citoyenne, de notre conscience féministe par rapport aux méfaits du traitement réservé aux femmes dans notre société et au nom de notre volonté de changer cette situation.

Feminis yo toujou di, e n ap kontinye di :

Vous êtes victimes de violence, ne gardez pas le silence !

Kay Fanm
12 août 2017

PDF : http ://kayfanm.org/wp-content/uploads/2017/08/2017.08.12-Texte-KF.pdf